Pierre de Kériolet : de la débauche à la sainteté, un parcours stupéfiant (+ Vidéo)

Article paru sur Catholiques de France le 20 août 2024.

Pierre [Le Gouvello] de Kériolet, né en 1602 à Auray, est une figure fascinante et complexe de l’histoire chrétienne. Sa vie tumultueuse et scandaleuse se transforme de manière spectaculaire pour devenir un modèle de conversion et de sainteté. Cet article retrace son parcours incroyable, de ses excès de jeunesse à son engagement fervent dans la foi catholique, en passant par une conversion miraculeuse qui changea radicalement sa vie.

Une jeunesse tumultueuse

Dès son enfance, Pierre de Kériolet se distingue par un comportement particulièrement turbulent. Né dans une riche famille noble, il se montre violent, cruel et méchant, au point de paraître sous influence démoniaque. Ses études chez les jésuites à Rennes n’améliorent pas son caractère. Toujours à court d’argent, il vole régulièrement son entourage et ne respecte aucune autorité morale.

À l’âge de vingt ans, il tente de rejoindre l’Empire ottoman pour se convertir à l’islam, espérant ainsi obtenir les avantages accordés aux renégats chrétiens et se constituer un harem. Cependant, son voyage est ponctué de péripéties et d’obstacles inexplicables qui l’empêchent de réaliser son projet.

Des miracles ignorés

Malgré ses intentions déviantes, Pierre de Kériolet échappe plusieurs fois à la mort de manière miraculeuse. Lors d’un voyage en Allemagne, il est attaqué par des brigands en compagnie de deux camarades. Ses amis sont tués, mais Kériolet, malgré son athéisme, implore Notre Dame de Liesse pour sa protection. Étonnamment, les brigands le laissent partir indemne. Cependant, il oublie rapidement le vœu qu’il a fait à la Vierge Marie et continue ses plans pour devenir musulman, sans jamais y parvenir.

De retour en France en 1635 pour réclamer l’héritage de son père, il se convertit au protestantisme pour profiter des avantages législatifs, mais renie rapidement cette nouvelle foi pour des avantages encore plus grands. Il utilise ensuite sa position de conseiller au Parlement de Bretagne pour envenimer les différends qu’il est censé régler, trouvant une satisfaction perverse à semer la discorde.

L’apogée de la débauche

Kériolet ne cesse de provoquer Dieu et la foi catholique. Il participe à des sacrilèges, tente de séduire des religieuses et tourne en ridicule les apparitions de sainte Anne près d’Auray, provoquant des scandales pendant les messes et commettant des communions sacrilèges. Un jour d’orage en 1635, dérangé par le tonnerre, il tire au pistolet vers le ciel, défiant Dieu de le punir. La foudre s’abat alors sur son château et son lit, mais il en réchappe miraculeusement. Le lendemain, la foudre tue son cheval, mais il n’y voit toujours pas de signe divin.

La conversion miraculeuse à Loudun

C’est en 1636, lors des événements de Loudun, que la vie de Pierre de Kériolet bascule de manière radicale. À l’époque, la ville est secouée par une affaire de sorcellerie impliquant les Ursulines. Des exorcismes publics attirent de nombreux curieux, dont Kériolet, qui se rend à Loudun avec d’autres parlementaires pour se moquer des croyants et des rites religieux.

Pendant un exorcisme à l’église Sainte-Croix de Loudun, le démon parlant à travers une possédée apostrophe Kériolet en public, révélant des détails intimes de son passé que seul lui connaît. Le démon lui explique qu’il doit sa survie miraculeuse à l’intervention de la Vierge Marie. Ce dévoilement le bouleverse profondément, et il se convertit instantanément.

Une vie de piété et de charité

Après cette révélation, Pierre de Kériolet change radicalement de vie. Il rentre en Bretagne et se consacre entièrement à la prière, à la charité et à la mortification. Il fait une confession générale de ses fautes et entreprend une vie de pénitence absolue. En 1637, il est ordonné prêtre et passe le reste de sa vie à racheter ses péchés passés. Il transforme son château en hospice pour les pauvres et les malades, démontrant ainsi son dévouement sincère.

Les témoignages de sa sainteté

La vie de Pierre de Kériolet, après sa conversion, est marquée par de nombreux témoignages de sainteté. Ses directeurs de conscience, comme le Père Dominique de la chartreuse d’Auray, le sulpicien M. du Ferrier et le Père Collet, recueillent ses récits et publient sa biographie. Ils attestent de la sincérité de sa conversion et de ses miracles.

Kériolet continue à être attaqué par le démon, mais sa foi et sa dévotion à la Vierge Marie le protègent. Il respecte toujours la promesse faite à sa mère de dire chaque jour un Ave Maria en l’honneur de Notre Dame, ce qui lui assure une protection divine.

Héritage et influence

Pierre de Kériolet meurt en 1660, en odeur de sainteté. Ses reliques sont inhumées dans un autel-tombeau dans la basilique de Sainte-Anne-d’Auray, à l’instar de Yvon Nicolazic. Sa statue orne également la façade de la basilique, témoignant de son importance dans l’histoire locale.

Son histoire continue d’inspirer les croyants, démontrant que la miséricorde divine peut toucher même les âmes les plus égarées […]

Pour aller plus loin

Pour ceux qui souhaitent approfondir l’histoire de Pierre de Kériolet et les miracles associés à sa vie, plusieurs ouvrages sont recommandés :

  • Pierre de Kériolet, le pénitent breton par Hippolyte Le Gouvello. Ce livre, réédité en 1989 avec une postface par Louis de Boanergès, raconte en détail la vie et la conversion de Kériolet. Il comprend également le récit des apparitions de sainte Anne à Auray et l’histoire authentique de la possession des Ursulines de Loudun.
  • Manuel complet de la dévotion des Trois Ave Maria par le Père Jean-Baptiste de Chémery. Cet ouvrage explique l’importance de la dévotion des Trois Ave Maria, une pratique simple mais puissante pour assurer le salut, encouragée par de nombreux saints, papes et évêques.

La vie de Pierre de Kériolet témoigne de la puissance de cette dévotion et de la miséricorde divine. Elle rappelle qu’il est possible de trouver la rédemption et de devenir un exemple de sainteté peu importe son passé.

Ci-contre, une conférence sur Pierre de Kériolet donnée en mars 2025 à Sainte-Anne-d’Auray, par l’abbé Henry Chappot de La Chanonie.


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